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Sensation
L'abribus
L’abribus 
Ce que la mousse cache ! 

 
 
Une foule de personnes, vêtues de maillots de bain et lunette de soleil, une serviette sur le bras, attend le bus. Certains donnent l’air d’attendre quelqu’un ou quelque chose. Ils sont joyeux, un peu excités. Le bus arrive. Ils grimpent, et quelques-uns jettent un dernier regard en arrière en haussant les épaules. On entend dans le brouhaha : « tant pis —une voix d’homme —, mais qu’est-ce qu’on va faire alors ? — une voix aiguë de femme — il aurait pu prévenir quand même — une voix d’homme en colère-ça ne lui ressemble pas du tout — une voix de femme ». Le bus démarre et on entend venant du bus : « regardez, le voilà ! » suivi d’un « AHHHHHHHHHHHHHHH » de contentement. Alors surgit à la poursuite du bus, un jeune homme, taillé maître nageur, maillot très serré, lunette de piscine sur les yeux. Il crie vers le bus « Bip biipppppppp » le bus répond « meuhhhhhhhhhhhhh ! Oauisssssssssssss ! » 
 
Sous l’abribus, Paulo se roule sa cigarette. Manu lis son journal assis à côté de lui. Il fait exprès de tourner les pages rapidement pour faire de l’air afin d’empêcher Paulo de rouler sa cigarette. Celui-ci souffle et s’y reprend à plusieurs fois. 
 
Paulo : 
Bon, c’est fini maintenant ?  
Manu : avec une mauvaise foi évidente 
Ben quoi ?  
Paulo : 
Si tu crois que je n’ai pas compris ton manège ! 
Manu replie son journal avec de grands gestes, le tabac de Paulo s’envole. 
Paulo : 
Continue comme ça et on va jouer à pigeon vole tous les deux ! 
Manu : 
Je vois, monsieur est grognon aujourd’hui… qu’est-ce que t’as, problèmes de digestion ? 
 
Pendant ce temps, l’arrière vitré de l’abribus se couvre d’une mousse blanche. Manu jette un œil désintéressé puis reprend d’embêter Paulo. Il ouvre son journal en grand, brusquement, envoyant valser la cigarette que Paulo essayait de coller.  
 
Paulo : calmement 
T’as faim ? 
Manu :  
Pourquoi tu me demandes ça ? 
Paulo : les yeux plissés, regardant droit devant lui, les mâchoires serrées. 
Parce que je sens que tu vas manger là !  
Manu :  
Mais j’ai rien fait moi ! Si on peut plus lire son journal sur un banc maintenant… 
Paulo : fort 
Tu lèves ton cul de mon banc et tu vas voir ailleurs si les nouvelles sont plus fraîches,  OK ? 
Manu : se lève, un sourire narquois 
Ben toi alors, où est passé ta légendaire zen attitude ?
Il s’adosse à un côté de l’abribus. Son regard est attiré vers l’arrière. Sur l’arrière vitré de l’abribus, dans un coin en haut à droite, des traces de raclette se dessinent dans la mousse blanche. Une main leur fait un signe par-derrière. 
Manu : 
C’est qui ce con ?  
Puis, ça s’arrête et au milieu un rond clair se forme, laissant à nouveau apparaître la vitre. Soudain, dans le rond, apparaît le visage souriant, les yeux écarquillés, de Charles Édouard. Puis il disparaît soudainement. Manu reste bouche bée. 
 
Paulo : prenant une grande inspiration 
C’est moi que tu traites de con là ? J’ai pas rêvé ?  
Manu : 
Arrête tes conneries ! j’ai vu la tête de l’autre snob à travers la vitre. 
Paulo : 
Bien sûr, oui, ben bouge ton cul et va voir ce qu’il fait derrière, ça me fera des vacances. 
Manu fait le tour en deux secondes. 
Manu : il revient, sourcils froncés, l’air soupçonneux 
Il y a personne. 
Paulo : moqueur 
Tiens ! Bizarre, pourtant ça peut pas être quelqu’un d’autre c’est sûr ! Charles Édouard nettoie toujours la vitre avant de partir travailler, ça le soulage ! Il aime bien les choses nettes ! 
 
Un bruit de frottement d’éponge se fait entendre venant du sommet de l’abribus. Manu et Paulo lèvent la tête en même temps. Manu repousse le pan de son blouson et pose sa main sur son revolver, nerveux. Paulo fait craquer ses poignets et ses doigts pour les délier. 
 
Manu : 
Fait moi la courte échelle je vais voir ce qu’il se passe là-haut !  
 
Paulo s’exécute, le regard fixé sur le toit de l’abribus. Très maladroitement, Manu essaye de se hisser à hauteur du toit (avec beaucoup de maladresse, mettant son genou dans le ventre de Paulo qui le lâche de douleur, puis à la deuxième reprise, lui enfonçant son calibre dans les narines. Finalement, il finit par se hisser, mais l’équilibre est instable, Paulo est obligé de bouger, Manu lui cache la vue en lui collant son ventre sur la figure et s’agrippant à ses oreilles). 
 
Paulo : péniblement 
Alors, tu vois quoi ? Tu vois qui ? 
Manu : redescend
Mais gueule pas si fort, tu l’as fait fuir ! 
 
Au même moment, alors que les deux hommes de rhabillent, la raclette refait des formes bizarres sur la vitre arrière. Deux dessins de silhouettes très simples dans un style d’écolier, en bâton, avec de grandes mains et un œuf pour la tête : les deux dessins ressemblent étrangement à Paulo et Manu ; l’un a un pistolet aussi grand que lui et l’autre fume une cigarette démesurée. 
 

 
Paulo : dubitatif, la tête penchée 
Mais on dirait ton portrait là ! Il éclate de rire. C’est très ressemblant, surtout le ventre ! 
Manu : Il fait signe à Paulo de continuer à parler, lui montrant en mimant qu’il va faire le tour pour attraper le farceur. Il met son index sur sa bouche pour demander le silence. Il parle fort en articulant 
oh oui dis donc, je ne sais pas qui est le petit coquin qui s’amuse, mais c’est rudement bien fait ! 
Il marche silencieusement en levant bien les jambes, essayant de ne pas faire de bruit, se collant à la paroi, la main sur le revolver. 
Paulo : Continue ses commentaires en s’exprimant de la même manière que Manu. 
Ah ah, que c’est drôle, mais qui ça peut bien être.. Tiens, celui-là n’a que trois poils sur le caillou_
 
Il est interrompu par un vacarme, un bruit de lutte, des cris étouffés. Manu réapparaît, plein de mousse, mais triomphal, il maintient fermement son trophée par une clé dans le dos, la tête enfouie sous son blouson de cuir. 
 
Manu : 
Alors môsieur, on maintient le mystère ou je montre ta face de chacal tout de suite ? 
La voix sous le blouson : 
Le moussetère, vous voulez dire le moussetère ? Hihi, houlala je ne pensais pas m’amuser à ce point ! 
Paulo : se rapproche de la tête  
Cette voix… cet humour… mais c’est… Il enlève le blouson : Charles Édouard ????? 
Manu : le lâche de surprise. 
Mais qu’est ce que tu fous à laver les carreaux ? T’as été viré ou quoi ? 
Charles Édouard : se redresse et de recoiffe la mèche en souriant, visiblement ravi
Messieurs, belle journée n’est-ce pas ?  
Manu : les lèvres pincées de colère, vexé de s’être fait avoir 
T’expliques ou t’as honte ? 
Charles Édouard:  
Ma foi, assurément une certaine honte, oui. Pour la raison qui me vaut d’être l’espace de quelques heures un technicien de nettoyage de mobilier urbain. Pas pour cette profession que je respecte bien évidemment.  
Paulo:  
T’as perdu un pari ? 
Charles Édouard: 
Point du tout. J’ai écopé d’une peine de quelques heures de travaux d’intérêts généraux. Voyez-vous, nous avons enterré la vie de garçon de cousin Urbain, et j’ai certainement abusé de ce fameux alcool de poire que mon grand-oncle Fulbert fabriquait de manière artisanale, mais avec beaucoup de réussite. J’ai « pété une durite » comme vous le diriez et j’ai fait des graffitis pas très très corrects sur les murs de la mairie ! Arrêté par l’agent je-ne-sais-plus-quel-matricule, j’ai dû passer au tribunal qui a, dans sa grande bonté, prononcé une peine, somme toute légère, à mon encontre. Mais, croyez-le si vous le pouvez, je trouve cela plutôt marrant en fait ce travail… salissant, mais formateur et marrant. 
On entend un gros bruit de moteur, et Clara arrive, toute de cuir vêtue, au guidon d’une grosse moto. Elle fait un énorme dérapage devant l’abribus, envoyant une monstrueuse gerbe de boue sur l’abribus et ses occupants ! 
 
Manu : 
Bordel Clara ! Regarde ce que tu as fait ! 
Clara : descend de sa monture 
Oh flûte ! Pardon les garçons ! Mince, j’ai tout crotté l’abribus ! 
Paulo : 
Ben, dis-le plutôt à Charles Édouard, c’est lui qui est chargé de le nettoyer ! 
Clara : Se précipite sur Charles Édouard, lui essuyant le visage à l’aide de son tee-shirt qu’elle tire de son blouson 
Vraiment, je suis désolée, je t’ai tout crabouillé ! Je vais vous aider, laissez-moi enlever mon blouson ! 
Charles Édouard : aux anges, baba 
Ne vous en faites pas Clara, je vais recommencer, aucun problème. 
 
Gégé arrive de derrière l’abribus. Il s’est confectionné de grosses moustaches avec la mousse. Il fait mine de se les friser sur la pointe en regardant avec envie le tee-shirt de Clara. 
 
Gégé : Il s’adresse ensuite à Manu qui n’a toujours pas remis son blouson 
Les concurrentes pour le concours des tee-shirts mouillés ? Désigne son caddie d’un air coquin en continuant de se friser la moustache : En voiture les filles… c’est par ici que ça se passe !! Puis, fixant la caméra : Ce n’est pas Frédéric Dard qui a dit : « je ne sais plus à quels seins me vouer ? » Moi, pareil !! 
 
 
 
Fin 

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